Combien de temps garder un CV, une facture ou la fiche d'un prospect ? Le RGPD ne donne pas de chiffre : il pose un principe et renvoie aux textes sectoriels et au jugement du responsable de traitement. La durée de conservation des données RGPD reste ainsi l'un des points les plus souvent laissés en blanc dans les registres, et l'un des premiers vérifiés lors d'un contrôle.
Ce guide reprend la méthode de la CNIL : le principe, les trois phases du cycle de vie d'une donnée, la façon de fixer une durée quand aucun texte ne l'impose, un tableau de durées de référence dont chaque ligne renvoie à sa source officielle, puis une procédure de purge et une liste de contrôle.
Chapitre 01 — Le principe
Le principe : une durée limitée à la finalité
Que dit l'article 5.1.e du RGPD ?
L'article 5.1.e du RGPD impose de conserver les données sous une forme permettant l'identification des personnes pendant une durée n'excédant pas celle nécessaire aux finalités du traitement. Il ne fixe aucune durée chiffrée. C'est au responsable de traitement de la déterminer, de la justifier et de pouvoir le démontrer (article 5.2, principe d'accountability).
« Les données à caractère personnel doivent être conservées sous une forme permettant l'identification des personnes concernées pendant une durée n'excédant pas celle nécessaire au regard des finalités pour lesquelles elles sont traitées. »
Trois conséquences en découlent. La durée se fixe traitement par traitement, selon la finalité : une même adresse e-mail n'a pas la même durée dans le fichier clients et dans le fichier de recrutement. Elle figure dans le registre des traitements et dans l'information donnée aux personnes. Enfin, à son terme, la donnée est supprimée ou rendue anonyme : l'anonymisation fait sortir la donnée du champ du RGPD.
La durée de conservation des données RGPD n'est donc pas une case à remplir une fois pour toutes : c'est une règle de gestion appliquée et vérifiable. Page de référence : Les durées de conservation des données (cnil.fr).
Chapitre 02 — Les trois phases
Les trois phases du cycle de vie d'une donnée
La CNIL décrit le cycle de vie d'une donnée en trois phases. Chaque passage à la phase suivante suppose un tri : on ne conserve que ce qui reste utile.
- Base active : la donnée sert au quotidien aux services qui l'utilisent, le temps nécessaire à la finalité. Exemple cité par la CNIL : les données d'un candidat non retenu, deux ans au maximum sauf demande d'effacement.
- Archivage intermédiaire : la donnée ne sert plus à la finalité initiale, mais une obligation légale ou un contentieux possible impose de la garder. L'accès devient ponctuel et réservé à des personnes habilitées. Exemple : les données de facturation, dix ans en application du Code de commerce.
- Archivage définitif : conservation sans limite de durée, réservée aux données à valeur historique ou patrimoniale, surtout dans le secteur public au titre du Code du patrimoine. Pour une entreprise privée, la règle est la suppression.
Les phases deux et trois ne sont pas systématiques : pour chaque traitement, il faut se demander si un archivage est nécessaire, pour quelles données et combien de temps. Ces définitions proviennent du guide pratique de la CNIL sur les durées de conservation (juillet 2020), rédigé avec le Service interministériel des archives de France.
Chapitre 03 — Fixer une durée
Fixer une durée quand aucun texte ne l'impose
Comment fixer une durée quand aucun texte ne l'impose ?
Quand aucun texte ne fixe de durée, le responsable de traitement la détermine à partir de la finalité et la documente. La CNIL publie des référentiels avec des durées recommandées : les appliquer crée une présomption de conformité, s'en écarter reste possible si le choix est motivé par écrit.
La grille d'analyse du guide CNIL (pages 13 et 14) tient en cinq questions, à poser pour chaque traitement du registre :
- Jusqu'à quand ai-je besoin de ces données pour atteindre la finalité ?
- Un texte m'impose-t-il de les conserver ou de les supprimer, et pour quelle durée (minimum ou maximum) ?
- Quelles données garder en vue d'un contentieux, et pendant quel délai de recours ?
- Un référentiel CNIL ou une réglementation sectorielle couvre-t-il ce traitement ?
- Quelles règles de suppression et d'archivage s'appliquent, et qui a accès aux archives ?
Deux erreurs reviennent souvent. Confondre délai de prescription et obligation de conservation : un délai de recours justifie un archivage à accès restreint, pas un maintien en base active. Et fixer une durée de conservation des données RGPD unique pour toute l'entreprise, alors que la durée dépend de chaque finalité. Les référentiels CNIL ne couvrent que le droit français : une structure présente dans plusieurs pays vérifie aussi les législations nationales concernées.
Chapitre 04 — Durées de référence
Les durées de référence, traitement par traitement
Le tableau ci-dessous rassemble des durées de référence pour les traitements courants d'une entreprise. La colonne « Nature » distingue ce qu'un texte impose de ce que la CNIL recommande.
| Traitement | Durée de référence | Nature | Source officielle |
|---|---|---|---|
| Candidatures non retenues | 2 ans après le dernier contact (base active) ; archivage intermédiaire possible jusqu'à 5 ans après que le poste est pourvu | Recommandation CNIL ; obligation (art. L1134-5 C. trav.) pour l'archivage | Référentiel CNIL gestion RH (avril 2026) ; page CNIL durées |
| Registre unique du personnel | 5 ans à compter du départ du salarié | Obligation (art. R1221-26 C. trav.) | Référentiel CNIL gestion RH ; service-public.gouv.fr |
| Double des bulletins de paie | 5 ans | Obligation (art. L3243-4 C. trav.) | Guide CNIL 2020 ; service-public.gouv.fr |
| Décompte du temps de travail | 1 an (3 ans pour les conventions de forfait en jours) | Obligation (art. D3171-16 C. trav.) | Référentiel CNIL gestion RH ; service-public.gouv.fr |
| Journaux d'un badge d'accès aux locaux | 3 mois | Recommandation CNIL | Référentiel CNIL gestion RH |
| Images de vidéosurveillance | 1 mois maximum | Obligation (art. L252-3 CSI, cité par la CNIL) | Guide CNIL 2020 ; référentiel CNIL gestion RH |
| Prospects non clients | 3 ans à compter de la collecte ou du dernier contact émanant du prospect | Recommandation CNIL | Référentiel CNIL gestion commerciale ; guide CNIL 2020 |
| Clients | Durée de la relation commerciale, puis 3 ans après son terme (prospection) | Recommandation CNIL | Référentiel CNIL gestion commerciale |
| Compte client en ligne inactif | 2 ans d'inactivité | Recommandation CNIL | Référentiel CNIL gestion commerciale |
| Pièces comptables et factures | 10 ans à compter de la clôture de l'exercice (archivage intermédiaire) | Obligation (art. L123-22 C. com.) | service-public.gouv.fr ; page CNIL durées |
| Documents fiscaux (IS, TVA, CFE...) | 6 ans | Obligation (art. L102 B LPF) | service-public.gouv.fr ; référentiel CNIL gestion RH |
Sources consultées pour ce tableau : le référentiel CNIL sur les durées de conservation en gestion des ressources humaines, le référentiel CNIL relatif à la gestion des activités commerciales, la fiche officielle sur les délais de conservation des documents d'entreprise, qui renvoie aux articles L123-22 du Code de commerce, L102 B du Livre des procédures fiscales, R1221-26 et L3243-4 du Code du travail.
Ce tableau n'est pas exhaustif : la santé, la banque, l'assurance ou les collectivités relèvent de référentiels propres, dont la CNIL demande de vérifier la date de mise à jour. Une durée de conservation des données RGPD reprise sans sa source ne se défend pas devant un contrôleur : notez pour chaque ligne du registre le texte ou le référentiel qui la fonde.
Chapitre 05 — Mettre en place la purge
Mettre en place la purge en six étapes
Fixer des durées ne suffit pas : il faut qu'elles s'appliquent. La procédure ci-dessous part du registre existant et aboutit à une purge documentée, menée par le DPO ou la personne en charge de la conformité, avec les équipes métiers qui connaissent les outils.
- 1Inventorier — Reprendre le registre des traitements et lister, pour chaque traitement, les données, la finalité et les systèmes où elles vivent (CRM, paie, messagerie, sauvegardes).
- 2Qualifier — Pour chaque traitement, rechercher le texte ou le référentiel applicable et distinguer base active, archivage intermédiaire et suppression.
- 3Fixer — Arrêter une durée et un point de départ précis (dernier contact, fin de contrat, clôture d'exercice) et consigner la justification dans le registre.
- 4Informer — Reporter les durées dans les mentions d'information et la politique de confidentialité, comme l'exigent les articles 13 et 14 du RGPD.
- 5Purger — Mettre en place une suppression ou une anonymisation automatique dans chaque outil, et une revue manuelle pour les systèmes qui ne le permettent pas.
- 6Prouver — Conserver une trace de chaque purge (date, périmètre, volume) et contrôler une fois par an que les règles sont appliquées, sous-traitants compris.
Deux points demandent de l'attention. Les sauvegardes entrent dans la règle : une donnée purgée de la base mais restaurable indéfiniment n'est pas supprimée. Et la purge doit être tracée : son journal est la preuve qu'exige le principe de responsabilité.
Liste de contrôle
Une fois la durée de conservation des données RGPD appliquée dans chaque outil, le travail devient un contrôle annuel : les règles tournent, les nouveaux traitements en ont une, et les référentiels CNIL utilisés n'ont pas changé.
Chapitre 06 — À retenir
À retenir
- Le RGPD ne fixe pas de durée chiffrée : l'article 5.1.e impose une durée proportionnée à la finalité, déterminée et justifiée par le responsable de traitement.
- Trois phases possibles : base active, archivage intermédiaire, archivage définitif, avec un tri à chaque étape et un accès restreint dès l'archivage.
- Sans texte applicable, la grille et les référentiels CNIL donnent des durées recommandées qui créent une présomption de conformité.
- Chaque durée du registre cite sa source : texte de loi ou référentiel CNIL, daté.
- Une durée n'existe que si une purge documentée l'applique, sauvegardes comprises.
Définitions utiles
Tout le lexique RGPD- CNILLa CNIL, Commission nationale de l'informatique et des libertés, est l'autorité administrative indépendante chargée en France de veiller à la protection des données personnelles. Elle conseille, contrôle et sanctionne.
- Durée de conservationLa durée de conservation est la période pendant laquelle des données personnelles peuvent être gardées sous une forme identifiante. Elle doit être limitée à ce qui est nécessaire à la finalité, puis les données sont supprimées, archivées ou anonymisées.
- Registre des traitementsLe registre des traitements est le document, tenu par écrit, qui recense l'ensemble des traitements de données personnelles d'un organisme : finalités, catégories de données et de personnes, destinataires, durées de conservation et mesures de sécurité.
- FinalitéLa finalité est l'objectif précis pour lequel des données personnelles sont collectées et traitées. Le RGPD impose qu'elle soit déterminée, explicite et légitime, et interdit d'utiliser ensuite les données pour un but incompatible.
- Responsable de traitementLe responsable de traitement est la personne physique ou morale, l'autorité publique ou l'organisme qui détermine les finalités et les moyens d'un traitement de données personnelles. C'est lui qui répond en premier lieu du respect du RGPD.
- FichierUn fichier est, au sens du RGPD, tout ensemble structuré de données personnelles accessibles selon des critères déterminés, qu'il soit centralisé ou réparti entre plusieurs sites, informatique ou sur papier.
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