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Règlement européen sur l'IA : lire le texte 2024/1689

Règlement (UE) 2024/1689 : structure, approche par les risques, rôles, obligations du déployeur (art. 4, 26, 50), sanctions et lien avec le RGPD.

Sonia Di Pasqua
DPO sénior
IA Act — smartphone affichant une application IA avec un livre sur la technologie IA en arrière-plan

Le règlement européen sur l'intelligence artificielle porte un nom officiel : règlement (UE) 2024/1689, dit « AI Act ». On en parle par ses sanctions, rarement par le texte lui-même. Voici une lecture guidée : ce qu'il contient, comment il classe les systèmes, qui il rend responsable, et ce qu'il demande à une PME qui utilise un outil d'IA sans l'avoir développé. Chaque article cité est vérifié sur le texte publié sur EUR-Lex.

Que contient le règlement (UE) 2024/1689 ?

Le règlement encadre le développement, la mise sur le marché et l'utilisation des systèmes d'IA dans l'Union européenne. Il compte treize chapitres et des annexes, dont l'annexe III qui liste les domaines à haut risque. Le règlement (UE) 2026/1744 l'a modifié en 2026 : échéances décalées, pratiques interdites ajoutées.

Les passages qui concernent directement une entreprise sont peu nombreux : définitions (article 3), maîtrise de l'IA (article 4), pratiques interdites (article 5), systèmes à haut risque et obligations des déployeurs (article 26), transparence (article 50), modèles d'IA à usage général (chapitre V) et sanctions (article 99). Le reste organise la gouvernance et la surveillance du marché. Le règlement européen sur l'intelligence artificielle se lit donc par entrées, pas d'un bloc.

Comment fonctionne l'approche par les risques ?

Le texte ne réglemente pas « l'IA » en général : il attache des obligations à l'usage d'un système. Plus cet usage touche aux droits des personnes, plus les exigences montent. Quatre niveaux structurent le règlement européen sur l'intelligence artificielle.

NiveauBase juridiqueExemplesCe qui s'applique
Pratiques interditesArticle 5Notation sociale, reconnaissance des émotions au travail, contenus intimes générés sans consentement (ajout 2026)Interdiction pure et simple
Haut risqueArticle 6 et annexe IIITri de candidatures, évaluation des salariés, notation de créditExigences du chapitre III ; article 26 pour le déployeur
TransparenceArticle 50Agents conversationnels, hypertrucagesInformer les personnes, marquer les contenus
Risque minimalHors des cas précédentsFiltre anti-spamAucune obligation spécifique, hors article 4

Les modèles d'IA à usage général (chapitre V) relèvent d'un régime à part qui pèse sur leurs fournisseurs. L'annexe III couvre huit domaines, dont l'emploi, l'accès aux services essentiels (crédit, assurance), l'éducation et la biométrie.

Fournisseur, déployeur, importateur, distributeur : qui est qui ?

L'article 3 définit les opérateurs, et ce sont ces rôles qui déterminent vos obligations. Une même entreprise peut en cumuler deux, et le rôle s'apprécie système par système.

  • Fournisseur : celui qui développe un système, ou le fait développer, et le met sur le marché ou en service sous son nom ou sa marque.
  • Déployeur : celui qui utilise un système sous sa propre autorité, hors usage personnel. C'est le rôle de la plupart des PME.
  • Importateur : celui qui, établi dans l'Union, met sur le marché un système portant la marque d'une entité d'un pays tiers.
  • Distributeur : tout autre maillon qui met un système à disposition sur le marché de l'Union.

Qu'est-ce qui incombe à une PME qui déploie un système d'IA ?

Une PME qui utilise un outil d'IA acheté ou loué est un déployeur au sens du règlement européen sur l'intelligence artificielle. Deux séries d'obligations la concernent : l'article 4, qui vaut pour tout système, et l'article 26, réservé au haut risque. L'article 50 s'ajoute si l'outil génère des contenus ou reconnaît des émotions.

L'article 4, dans sa rédaction issue du règlement 2026/1744, demande aux fournisseurs et aux déployeurs de prendre des mesures favorisant la maîtrise de l'IA de leur personnel, sans imposer de formation type. L'article 26 est repris ci-dessous d'après le service d'assistance de la Commission sur l'AI Act.

Déployeur d'un système à haut risque (article 26)

L'article 50 ajoute au déployeur l'obligation de signaler un système de reconnaissance des émotions et de marquer les hypertrucages ; informer qu'on parle à une machine incombe au fournisseur.

Quelles sanctions prévoit l'article 99 ?

L'article 99 fixe trois plafonds d'amendes administratives selon la gravité du manquement, avec une règle particulière pour les PME, prononcées par les autorités nationales de surveillance du marché.

Quand le texte s'applique-t-il ?

L'application est échelonnée, et le calendrier initial a été modifié. Le règlement (UE) 2026/1744, publié en juillet 2026, a reporté le haut risque de l'annexe III au 2 décembre 2027 et celui de l'annexe I (produits réglementés) au 2 août 2028. Les pratiques interdites et l'article 4 s'appliquent déjà, l'article 50 depuis le 2 août 2026. Le détail est tenu à jour dans notre article sur le calendrier d'entrée en vigueur de l'AI Act, d'après le texte modificatif sur EUR-Lex et la foire aux questions de la CNIL.

Comment le règlement s'articule-t-il avec le RGPD ?

Les deux textes se cumulent. Le RGPD s'applique dès qu'un système traite des données personnelles, quel que soit son niveau de risque ; le règlement européen sur l'intelligence artificielle vise le système lui-même, sa conception et son usage. L'article 26 §9 fait le lien avec l'analyse d'impact RGPD. Pour cadrer un projet, consultez notre guide IA et RGPD : cadrer un projet, et pour la mise en œuvre en droit français, notre article sur la loi IA en France.

À retenir

  • Le règlement (UE) 2024/1689 classe les usages de l'IA en quatre niveaux ; votre rôle (souvent déployeur) et le niveau de risque de chaque système fixent vos obligations.
  • Pour un déployeur, trois articles comptent : 4 (maîtrise de l'IA), 26 (haut risque) et 50 (transparence).
  • Article 99 : jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial ; pour une PME, le plus faible des deux montants s'applique.
  • Le règlement 2026/1744 a reporté le haut risque de l'annexe III au 2 décembre 2027 ; le RGPD, lui, s'applique sans attendre.

Définitions utiles

Tout le lexique RGPD

Questions fréquentes

C'est le règlement (UE) 2024/1689, dit AI Act, publié au Journal officiel de l'Union européenne en juillet 2024. Il encadre le développement, la mise sur le marché et l'utilisation des systèmes d'IA selon une approche par les risques : certaines pratiques sont interdites, les systèmes à haut risque sont soumis à des exigences strictes, d'autres n'ont que des obligations de transparence. Il a été modifié en 2026 par le règlement (UE) 2026/1744.

Tous les opérateurs de la chaîne : fournisseurs (ceux qui développent ou mettent sur le marché un système), déployeurs (ceux qui l'utilisent dans un cadre professionnel), importateurs et distributeurs. Une PME qui utilise un outil d'IA du commerce est un déployeur, et c'est à ce titre que le texte lui impose des obligations.

Pour tout système, l'article 4 demande de prendre des mesures favorisant la maîtrise de l'IA par le personnel. Pour un système à haut risque, l'article 26 impose notamment de suivre la notice du fournisseur, d'organiser un contrôle humain compétent, de conserver les journaux, d'informer les salariés et les personnes concernées. L'article 50 ajoute des obligations de transparence pour les contenus générés et les hypertrucages.

L'article 99 prévoit jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires annuel mondial pour une pratique interdite, jusqu'à 15 millions d'euros ou 3 % pour les autres manquements des opérateurs, et jusqu'à 7,5 millions d'euros ou 1 % pour des informations inexactes fournies aux autorités. Pour les PME et les jeunes pousses, chaque amende est plafonnée au plus faible des deux montants.

Non. Les deux textes se cumulent. Le RGPD continue de s'appliquer à tout traitement de données personnelles, y compris par un système d'IA à risque minimal. L'AI Act encadre le système lui-même et son usage. L'article 26 du règlement renvoie d'ailleurs explicitement à l'analyse d'impact relative à la protection des données.

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